Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne
Montréal
Les médecins diplômés à l'étranger et titulaires d'un permis restrictif pourront désormais, après cinq renouvellements annuels consécutifs, obtenir un permis régulier de pratique au Québec.
Cette mesure, qui vise une meilleure accessibilité des Québécois à un médecin, a été annoncée mardi par le Collège des médecins du Québec.Les médecins détenteurs d'un permis restrictif n'ont le droit de pratiquer que dans l'établissement qui les parraine, et ce dans les régions en pénurie.Jusqu'ici, ils étaient en quelque sorte condamnés à cette restriction pour toutes leurs années de pratique, une situation qui devait changer, reconnaît le président du Collège, le docteur Yves Lamontagne.«Avant, ils ne pouvaient pas passer au permis régulier. Ils étaient restrictifs à vie. Maintenant, après cinq ans de bons services à l'intérieur, le permis restrictif va être transformé en permis régulier», a-t-il dit.«En levant cette chose-là et en devenant régulier, ils vont pouvoir travailler aussi hors établissement, par exemple en bureau privé, dans les groupes de médecins de famille, dans les cliniques affiliées, faire du dépannage et, nécessairement, donner une augmentation de la disponibilité des médecins pour les patients.»Ces médecins pourront également changer de région selon les ouvertures permises par les plans régionaux d'effectifs médicaux, qui s'appliquent à tous les médecins.En contrepartie, la mesure n'ajoute aucun nouveau médecin au réseau et n'offre aucune solution pour les quelque 150 spécialistes diplômés à l'étranger qui ont passé avec succès tous les examens imposés par le Collège mais qui n'ont pas de permis restrictif parce qu'ils n'ont pu obtenir un poste en résidence.Le porte-parole de l'Association des médecins diplômés à l'étranger, le docteur Comlan Amouzo, condamne d'ailleurs à nouveau la décision des facultés de médecine de ne pas avoir comblé les 87 postes en résidence disponibles cette année.«Il y a une pénurie de médecins qui est là. Il faut tout faire pour mettre ces médecins au travail (...) Il y a plus de 200 médecins qui ont passé tous les examens du Collège et, la dernière fois, il y en a 54 qui ont été admis et 87 postes qui ont été laissés vacants alors qu'il y a plus de 100 médecins qui sont là et qui attendent ces postes», a dit le médecin.«Nous disons qu'il faut combler rapidement ces postes. Les demandes en résidence sont déjà commencées et il faudrait que la situation s'arrange pour avoir plus de médecins.»Bien qu'elle accueille favorablement les mesures annoncées mardi, l'Association s'explique mal que les autorités responsables, notamment le Collège et les ministères de la Santé et de l'Education, n'aient pas agi avec force pour que ces postes soient comblés.Le docteur Amouzo, un urgentologue qui a pratiqué en France durant huit ans, fait valoir que la situation n'a aucun sens. «Moi, j'ai fait une maîtrise en administration et je fais de la consultation. Il y a des gens qui sont préposés aux bénéficiaires, des spécialistes! Il y a un peu de tout; il y a des gens qui travaillent dans des pizzerias, dans des restaurants, dans des stations d'essence...»Parmi les 389 médecins diplômés à l'étranger titulaires d'un permis restrictif, 175 sont admissibles au permis régulier dès maintenant et 49 autres le seront en 2008.La mesure améliore également le sort des médecins détenteurs d'un permis restrictif à un autre égard: à compter du moment où ils auront un permis régulier, ils auront droit au statut de médecin retraité, qui est inaccessible au détenteur d'un permis restrictif.Par ailleurs, le Collège a annoncé deux autres mesures visant à éliminer des irritants touchant l'ensemble des médecins québécois.D'une part, le Collège a harmonisé le système d'examens québécois avec ceux du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada.Les finissants québécois, les médecins canadiens d'autres provinces, les médecins américains et les médecins diplômés à l'étranger n'auront donc plus à subir un examen additionnel pour pratiquer au Québec, a indiqué le Dr. Lamontagne.«Maintenant, quand vous passez votre examen canadien, si vous êtes un francophone d'Alberta et que vous voulez venir pratiquer la médecine au Québec, vous pourrez le faire sans être obligé de repasser un autre examen quand ça fait dix ans que vous êtes en pratique en Alberta», a expliqué le docteur Lamontagne.L'examen de l'Office de la langue française demeurera toutefois en place pour tous les médecins formés hors Québec.D'autre part, les médecins résidents en médecine interne et en pédiatrie du Québec n'auront plus besoin du permis d'exercice d'une autre juridiction canadienne pour obtenir leur permis temporaire, une aberration historique qui n'avait plus aucune raison d'être.















